Quand la quête de sens vire au burn-out dans l'EES

Quand la quête de sens vire au burn-out dans l'EES

Fondations, ONG, associations, coopératives, mutuelles… Dans ces structures portées par des valeurs altruistes, les salariés ne sont pas épargnés par la souffrance au travail.

L’économie sociale et solidaire (ESS) : 2,5 millions de salariés dans les coopératives, mutuelles, associations et fondations attire de plus en plus de diplômés en quête de sens.

Crise sanitaire et tension

S’opposer à cette situation aurait été peine perdue pour Chloé. « Il est difficile de se plaindre dans l’ESS – la cause est trop belle ! -, cela n’aide pas le salarié à la peine, rarement épaulé par le conseil d’administration, les délégués du personnel ou les syndicats, pas assez présents », constate Jean-Claude Delgènes, fondateur du cabinet Technologia, spécialisé sur la question des risques psychosociaux, et coauteur d’Idées reçues sur le burn-out (éd. Le Cavalier Bleu, 2017). « Plus la structure a une image forte, plus elle est exigeante avec ses collaborateurs, parfois au mépris du droit du travail », observe-t-il. Cela ne tient qu’un temps, jusqu’à ce que la personne craque ou que la structure soit en crise. Mais, selon cet économiste, « les organisations de l’ESS ont à cœur de progresser, étant majoritairement plus soucieuses du facteur humain qu’ailleurs ». Le contexte ne facilite pas toujours la tâche, hélas. Comme bien des acteurs de l’économie en général, ceux de l’ESS ont pu être très touchés par la crise sanitaire, et le surcroît de tension a récemment été la goutte d’eau faisant déborder le vase pour certains. « C’est sensible dans les activités d’accueil de publics en difficulté, reprend Pascale-Dominique Russo. Dans certaines structures, le confinement a tout bloqué et, ensuite, les équipes ont dû rattraper le retard accumulé, tout en faisant face à la souffrance accrue des personnes demandeuses, en particulier les migrants ». Sans parler de la crainte des salariés à risque d’être contaminés, au contact d’un public très éprouvé par l’épidémie, après avoir séjourné dans des lieux de promiscuité.

En Ile-de-France, les taux de séroprévalence du Covid-19 se sont ainsi élevés jusqu’à 62% en centres d’hébergement d’urgence et jusqu’à 94% en foyers de travailleurs (contre environ 10% dans la population générale de la région), d’après une enquête de Médecins sans frontières, Epicentre et l’Institut Pasteur publiée début octobre. Pour Alice, 24 ans, la crise sanitaire a même été l’occasion de tourner la page de l’ESS. Salariée pendant deux ans en tant qu’enseignante dans un centre de soins en Ile-de-France géré par un grand groupe d’entrepreneuriat social, elle a abandonné, lassée par une désorganisation qui vidait sa mission de son sens. « J’étais frustrée de ne pas réussir à apporter l’essentiel aux jeunes patients pour leur éviter une rupture dans leur parcours scolaire. J’ai développé des nausées, des vertiges, des douleurs. Pendant le confinement, il n’a pas été possible de mettre en place des [réunions en visioconférence] Zoom. Je devais me contenter d’envoyer des devoirs à des élèves… qui ne les faisaient pas. J’ai fini par trouver un autre job en tant que coordinatrice pédagogique dans une école privée de communication, qui au moins me donne le sentiment d’être efficace ».

Article – Le Monde Campus Jeudi 19 Novembre 2020.

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