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Technologia Manifeste

Technologia a lancé en partenariat avec le SNJ une étude sur la profession de journaliste. Nous tenons à remercier les journalistes qui ont déjà répondu. Vous avez été nombreux à vouloir être ajoutés à la liste des destinataires, ce qui montre à quel point la profession porte de l'intérêt à la démarche. Chaque journaliste peut se faire l’ambassadeur de la démarche.



Interview : Jean-Claude DELGENES, Directeur Général de Technologia

 

Pourquoi la convivialité est-elle, selon vous, essentielle au sein des collectifs de travail ?

J-C D : « La convivialité représente aujourd’hui l’un des axes de travail pour combattre le mal-être et la souffrance dans les organisations. Il faut retrouver du plaisir au travail ! Celui-ci est un facteur de réalisation de soi, de construction de l’identité individuelle. Au bureau, à l’usine, il faut retrouver le plaisir d’échanger entre collègues, la joie de travailler ensemble à la réalisation d’une œuvre commune. Or, depuis ces dernières années, cette notion de convivialité sur le lieu de travail s’est émoussée. L’ambiance est pesante, les tensions palpables, les individus réagissent trop souvent comme des « poissons électriques » !. C’est un constat …En effet ce type de climat favorise par ailleurs l’anxiété voire l’angoisse !  Il y a risque notable de contagion et d’extinction de l’enthousiasme !

Comme disait la chanson de Hugues AUFRAY « ….Cette montagne que tu vois ! On en viendra à bout mon gars ! Un bulldozer et deux cent bras et passera la route ! »

Il faut retrouver un souffle collectif avec l’exemplarité des managers, leur forte implication dans l’activité aux cotés des salariés,  et le respect du personnel qui doit pouvoir se réaliser dans le travail et trouver de bonnes rémunérations.

Quels facteurs ont causé cette dégradation de la convivialité au travail ?

J-C D : « Depuis ces dernières années, la conception de l’entreprise s’est réduite à un pur actif financier qu’il faut coûte que coûte rentabiliser. Tous les groupes cotés sont obnubilés par le niveau du cours de Bourse et le souci de satisfaction des analystes financiers. Comme disait Jacques Brel « chez ces gens la Monsieur on ne cause pas ! On compte ! »    Cet état d’esprit renvoie forcément à une vision à court terme dans laquelle le « patrimoine humain » passe au second plan. Autre raison : l’ère du consumérisme débridé, couplé au recul du sens civique font que l’entreprise a changé de nature et qu’il est plus difficile de s’y épanouir. Si l’on ajoute à ce tableau le spectre du chômage et de la délocalisation, tout cela pèse sur les individus, au quotidien. »

Outre les relations humaines, l’aménagement des bureaux ne compte-t-il pas aussi dans le bien-être au travail ?

J-C D : « Assurément, l’architecture des lieux compte énormément…une bonne répartition dans l’espace c’est bon pour le moral !  Souvent, le manque de convivialité tient aussi à un mauvais agencement des espaces de travail. Dans certains cas, les critères de confort élémentaires pour les salariés ne sont même pas pris en compte… Pour promouvoir le bien-être au travail des la conception des espaces de travail, nous avons décidé, dans le prolongement du rapport rédigé par l’ancien Directeur Général de la Santé, William Dab, de nouer un partenariat avec l’Ordre des architectes afin de revoir les corpus de formation.  La Direction Générale du Travail a soutenu cette initiative L’objectif de Technologia est simple : mettre en place des modules de formation permettant de concevoir ou de rénover des espaces où il fait bon travailler. Ce souci architectural est plus important qu’on ne le croit : on sait en effet qu’une mauvaise conception des open-space est un facteur d’aggravation des risques psychosociaux. Un manque de confort peut être ressenti par les salariés comme une atteinte à leur dignité, comme un manque de considération. Cela peut provoquer des attitudes de ressentiment, ce qui augmente le risque psychosocial. Pour favoriser le bien-être des salariés, il est fondamental d’aménager des espaces de retrait afin de leur permettre de se soustraire ponctuellement au regard d’autrui et de s’autoriser des moments d’échanges et de confidentialité.

La conjoncture pousse au délitement du lien social dans les entreprises.

Comment lutter contre cette tendance ?

J-C D : « La tendance est en effet au délitement du lien social dans les organisations. Ce facteur pèse lourdement dans l’aggravation du risque psychosocial. L’isolement est propice au mal-être, voire au passage à l’acte. Il y a un siècle, le sociologue Emile Durkheim avait déjà avancé la thèse selon laquelle le manque d’intégration sociale était l’une des principales causes du suicide. Ce que les Anglo-saxons nomment le « social support » : le soutien de la hiérarchie, des collègues, tout cela est essentiel pour préserver la convivialité au travail et lutter contre la désagrégation des liens sociaux. Le problème n’est pas à prendre à la légère : en France, on compte chaque année 11 000 suicides et près de 160 000 tentatives. On a souvent tendance à banaliser ces faits. La difficulté est que l’on ne sait pas enrayer ces tentatives. Au quotidien, sur son lieu de travail, il faut donc faire l’effort de briser les tabous et de rompre avec l’individualisme ambiant. Inverser la tendance passe par des attitudes simples : tendre la main à un collègue fragilisé, discuter avec lui à la machine à café, lui proposer de déjeuner…Ces instants d’humanité sont