-
L'Assistance Conseil
Une réponse rapide à toutes vos questions -
Document Unique
Une démarche rigoureuse pour l'ensemble des risques -
Formations
Près de 50 modules de formations modulables à votre demande -
Études & Expertises
La prévention des risques professionnels au service de la santé et de la sécurité
Nos domaines d'activités
- Risques Chimiques & Toxicologiques
Environnement, Amiante, Solvants, Poussières de bois ... - Ergonomie
Déménagement, Aménagement du Poste de Travail, Environnement du Poste de Travail ... - Organisation du Travail
Réorganisation, Fusion-Acquisition, Cession, PSE ... - Risques Psychosociaux
Stress, Souffrance au travail, Harcèlement, Suicide ... - Santé au Travail
Accidents du travail, Cycles de travail, TMS ...
Déni, bourdes de communication, jugements hâtifs… Après un suicide, les Directions commettent souvent des erreurs qui peuvent amplifier le malaise. Jean-Claude Delgènes, Directeur Général de Technologia, explique comment gérer avec respect cette communication de crise.
« Il faut accepter l’événement dans sa gravité et en tirer des leçons»
Pourquoi les dirigeants doivent-ils être extrêmement vigilants sur leur façon de communiquer après un suicide ?
J-C D : « La communication de crise suicidaire a une importance capitale, vis-à-vis de l’extérieur, mais aussi, en interne. Un suicide peut effectivement avoir un effet déclencheur auprès d’autres salariés. L’événement peut entraîner une banalisation du passage à l’acte qui contribue, par un effet de mimétisme, à rendre acceptable chez d’autres salariés en souffrance une solution à leurs problèmes. La mort apparaît alors comme une issue à laquelle ils n’avaient pas forcément pensé. Ce phénomène de contagion a été démontré par le chercheur américain Philips. D’après ses travaux, un suicide très médiatisé peut avoir un effet d’incitation chez d’autres salariés issus de la même profession que la victime. Il y a quelques années, un salarié d’un grand groupe a aussi mis fin à ses jours, de la même façon et au même endroit qu’un de ses collègues, cinq ans auparavant. Cette contagion n’est pas uniquement professionnelle : elle peut être géographique (dans un village français, on a déjà observé des suicides en série dans une même rue, rebaptisée « la rue des pendus »). Cette contagion peut aussi être familiale ; le suicide se reproduisant alors de génération en génération… Tout cela montre la complexité du phénomène suicidaire et la nécessité de savoir traiter la crise lorsqu’elle survient au sein du collectif de travail. »
Quels sont les réflexes à adopter, en interne, juste après un suicide ?
J-C D : « Dans les heures suivant le suicide, il faut très vite décider des actions de communication à mettre en place en direction du collectif, de la famille, mais aussi, des clients. Tous les niveaux doivent être informés : la hiérarchie, les salariés IPRP, les services de santé au travail etc. Ce réflexe est essentiel pour éviter rumeurs et désinformation. La Direction doit communiquer de façon sobre. Elle ne doit pas donner de détails sur la façon dont la personne a mis fin à ses jours, pour ne pas amplifier le caractère choquant de l’événement. Il faut, sans attendre, inciter les salariés à se réunir pour les inciter à libérer leurs émotions, voire leur colère, en présence du médecin du travail, assisté d’un psychologue. Il faut bien sûr leur permettre de prendre une demi-journée pour se rendre à l’enterrement. Ensuite, le management doit rapidement communiquer sur les enseignements qui devront être tirés du drame. Il est primordial d’ouvrir tout de suite des perspectives. »
Et avec les proches de la victime ?
J-C D : « La Direction doit démontrer une authentique sensibilité dans sa communication auprès des membres de la famille de la victime. Elle peut nommer un correspondant pour les rencontrer et leur proposer un soutien moral et matériel, par exemple, en prenant en charge les frais de transport et d’hébergement. »
Quelles erreurs de communication faut-il éviter ?
J-C D : « La première erreur est le déni. Souvent, les dirigeants ont tendance à amalgamer deux débats : celui de la prévention, pollué par celui de la réparation, voire du risque pénal. Or, ce chevauchement de débats entraîne une posture de réaction défensive inadaptée. Il faut que la Direction accepte l’événement dans toute sa gravité, sans se voiler la face. Elle doit admettre que ce drame pose des questions et nécessite d’engager très vite une réflexion collective, avec tous les acteurs de l’entreprise. Car la dimension professionnelle est souvent l’un des facteurs déclencheurs. Aujourd’hui en effet, la vie familiale et sentimentale s’est distendue au profit du travail qui structure de plus en plus notre identité. Quand le travail va mal,c’est toute la personne qui va mal… La seconde erreur de communication à éviter est de mettre en pâture la vie privée de la victime. Cette dimension ne regarde personne, ni les tiers, ni les médias. D’autant qu’un suicide est souvent multifactoriel : il renvoie à l’enfance de la personne, à son histoire intime personnelle, familiale, voire médicale. La Direction doit donc s’abstenir de minorer l’événement. Enfin, il ne faut surtout pas heurter les sensibilités en commettant des« bourdes » qui en disent long sur le style de management de la maison… Par exemple, en se livrant à une comptabilité morbide ou à des jugements hâtifs (« il avait des problèmes personnels… »). Ce type d’attitude peut aggraver l’événement, voire, provoquer des phénomènes de « suicides dédiés » chez d’autres salariés (« Moi aussi je vais passer à l’acte, comme ça, vous aurez ma mort sur la conscience… »).
Faut-il communiquer sur des actions concrètes ?
J-C D : « Oui, c’est indispensable. Les suicides dans les entreprises suscitent beaucoup de pathos, mais les Directions communiquent peu sur ce qu’elles comptent faire, concrètement, pour gérer la crise. Il ne s’agit pas de considérer l’événement comme une fatalité. En interne, comme avec les médias, il faut laisser entendre que ce décès va servir de leçon et inciter l’organisation à s’interroger sur ses conditions de travail et sur ses méthodes de management. Il faut être très concret dans les mesures qui seront prises. Nous avons traité plus de cinquante crises suicidaires ou mortelles dans les entreprises. A chaque fois, j’ai constaté qu’un collectif de travail peut très vite se dégrader, mais qu’avec un protocole adéquat, il est possible de le régénérer, en retissant un lien social, en réorganisant le lieu de travail et en redonnant du sens. L’important est de ne pas engager des actions ou des audits qui ne déboucheraient sur rien. Il n’y a rien de pire que les promesses non tenues. Il faut une réflexion collective, un plan de travail, des échéances. Et s’y tenir ».

